Le ferry Sète-Tanger, un trajet habituel pour les expulsés.

dsc01376.jpg

Une réponse à “Le ferry Sète-Tanger, un trajet habituel pour les expulsés.”

  1. christian dit :

    La Bataille de Sète, par Christian Durand

    Belle journée. Petite tramontane. Place de l’Europe.

    Il n’y pas de place de l’Europe à Sète. C’est un nom de code pour désigner un carrefour piétonnier où se retrouvent les militants avant affichage, tractage ou manif. On sera une vingtaine. Les militants habituels. Attac, RESF, la mouvance Bové. C’est souvent les mêmes.

    On est deux cent. Puis trois cent. Ils arrivent de partout. Hommes, femmes, enfants. La tribu de Manouchland, en famille. La vieille garde du PCF autour de son ex-député, municipale oblige. Et tous les libertaires de la région, de lourds sacs au dos. Ca craint. Le drapeau noir flotte sur le centre ville. Bientôt quatre cent. La plus grosse manif depuis 68. La voiture de police municipale devient nerveuse. Allo Tango appelle Autorité.

    La manif envahit la rue piétonnière. Contourne la mairie. Ignore la permanence PS déserte. Invective la permanence du maire affairiste, désertée. La police municipale laisse la circulation traverser la manif, toujours bonne enfant. Pour le moment. Le vent se lève. Les courageuses militantes ont de la peine à tenir les banderoles. Mais veulent pas qu’on les remplace.

    Nous nous vimes sept cent en arrivant au port. Selon la police. Allez, on arrondit à mille. Le vent forcit. Les drapeaux noirs et rouges claquent, les banderoles s’envolent. Il faut les ajourer. D’un sac libertaire surgit volontiers un couteau à courte lame. Moins de 9 cms. C’est bon, passez. L’objectif est en vue. Le Centre de Rétention, dernier arrêt avant le ferry et le retour à la case départ.

    A l’intérieur, vingt flics pour garder quelques pauvres bougres, arrachés à leur famille, leur boulot, leur quartier, pour remplir les quotas d’une justice administrative au bon vouloir du ministère de l’intérieur. Boutefeux. L’Europe veut porter la durée de rétention à un an et demi. Pour harmoniser. Ce n’est plus de la rétention, c’est de la détention sans jugement. Nos petits guantanamos à nous.

    L’endroit est bien gardé. La fliquette en faction guère plus grosse que sa matraque refuse de donner le nméro de code d’entrée. Les retenus n’ont pas le droit de sortir dans la cour de récréation. Il y a tellement d’antennes que les portables sont brouillés. La foule gronde, les jeunes tambourinent sur les portes métalliques, une fatma prend le porte-voix et hurle le nom des prisonniers comme une mélopée antique qui traverse les murs et envahit le port. Un grand silence dans la manif soudain.

    On est sur le quai où a été tourné La graine et le mulet.

    La suite, les photos, le film sur http://dual-web.org

Laisser un commentaire