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Rapport sur Hassan EL BOUYAHYAOUI, un marocain expulsé de la France

Ce rapport a été rédigé par Hicham Baraka, président de l’Association Beni Znassen pour la culture, le développement et la solidarité (ABCDS) d’Oujda.

SA VIE EN FRANCE

Né en octobre 1987, marocain, Hassan EL BOUYAHYAOUI est arrivé en France en juin 2003, sur le passeport de son père après le décès de sa grand mère qui en avait la charge au Maroc depuis la séparation de ses parents, quand Hassan avait une dizaine d’années. Depuis, il n’a jamais revu sa mère, ni ses 2 frère et sœur restés à la charge maternelle. Il n’a plus d’attaches au Maroc.

Il a été scolarisé de 2003 à juillet 2007, les deux dernières années au centre de formation d’apprentissage professionnel Henri Martin de Lézignan Corbières. Son père, en France depuis 1974 est maintenant invalide à 80%. Son frère aîné, qui a eu exactement le même parcours que Hassan, est en situation régulière.

A 18 ans, Hassan a fait une demande de titre de séjour et obtenu 4 APS de 6 mois du fait de son inscription en CAP mécanique en alternance, en fonction d’un accord qui existait alors avec le rectorat mais dénoncé depuis par la préfecture. Suite à son échec aux épreuves théoriques du CAP en juillet 2007, sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée avec une OQTF le 29/11/07, rejet confirmé par le TA le 27/03/08. Pourtant, ses employeurs étaient très élogieux sur son sérieux et son efficacité.

Entre temps, il avait retrouvé grâce à l’association Passerelles une nouvelle formation en mécanique par alternance, ce qui a motivé sa nouvelle demande de titre de séjour.

Hassan était très bien intégré en France. Du fait de la maladie de son père, il a été placé presque 2 ans à la DDASS, dans un foyer, puis dans une famille d’accueil, élevé comme un petit Français. De nombreuses personnes, amis, voisins qui appréciaient sa gentillesse, sa volonté de s’en sortir et son respect des valeurs affichées par la France, soutenaient sa demande de titre de séjour. Son seul rêve était de pouvoir travailler et vivre enfin avec son père et son frère. Ils venaient juste de trouver un petit appartement pour vivre ensemble, après des années de galère, le frère aîné en foyer, le père et Hassan hébergés chez des amis. D’entrevoir enfin la stabilité dont ils rêvaient

SON EXPULSION

Contrôlé le 18 février et placé au centre de rétention de Sète, il en a été libéré le 20 par décision du juge du TA qui n’a pas cependant annulé son APRF.

Il avait déposé un nouveau dossier de demande de réexamen de sa situation le 9 mars, mais, contrôlé à nouveau le 10 mars, il a été expulsé par bateau de Sète vers Tanger, le soir même. Quelques personnes du RESF 34 qui l’avaient soutenu et aidé pour son dossier étaient présentes. Une amie de l’une d’elles a pu être présente à son arrivée à Tanger. Personne d’autre n’était là pour l’accueillir au Maroc, un pays qu’il n’a pas revu depuis 6 ans !

SA VIE AU MAROC

Hassan est retourné à Oujda, où il vit dans une petite chambre près de son grand-père, très âgé, sourd et aveugle, qui n’a pas pu l’accueillir. Parti à la recherche d’une autre grand-mère, il a appris qu’elle était décédée. Un cousin l’a hébergé quelques jours à Taza, puis l’a mis dehors. Depuis, Hassan est hébergé à droite à gauche. Il n’a plus d’argent et ne trouve aucun boulot. Très perturbé par l’expulsion, il s’est fait renverser par une voiture quelques jours après son arrivée et s’est fracturé la cheville. L’hôpital lui a délivré un certificat médical avec 45 jours d’arrêt de travail. Le RESF France a mis Hassan en contact avec des personnes du RESF Maroc, qui essaient de répondre à ses appels au secours : il cherche une place en foyer, du travail. Sans résultat à ce jour. Hassan se débat pour essayer de survivre dans ce pays qu’il ne connaît plus. Il est d’autant plus désespéré que les nouvelles de sa famille à Montpellier ne sont pas bonnes. Son père, malade, supporte mal la séparation avec son fils qui s’occupait de lui avec beaucoup d’amour et de respect. Sa santé se dégrade.

L’importante revendication du collectif de soutien à Hassan, et qu’il jouit d’un visa long séjour et un titre de séjour Vie privée familiale pour qu’il puisse enfin reprendre le cours d’une vie normale, dans le pays où il a grandi depuis plus de 6 ans, aux côtés de ceux qui l’aiment et qui attendent son retour. (Cf. pétition Resf)

AVEC L’ABCDS

Heureusement pour lui, Hassan EL BOUYAHYAOUI a découvert, peu après son expulsion par la France à Oujda, l’association ABCDS (Association Beni Znassen pour la culture, le développement et la solidarité) dans les locaux de laquelle il passe désormais ses journées et où il bénéficie d’un soutien grâce auquel la chaîne de télévision marocaine 2M TV, RTM, le quotidien arabophone Akhbar AL Yawm, YaBiladi ont, par exemple, pu s’intéresser, suite à la mobilisation de l’ABCDS, à son expulsion de France, ainsi que d’autres médias. Le 22 avril, il a ainsi fait l’ouverture du journal télévisé de 12h45.

Notamment, l’administration marocaine s’était téléphoniquement enquise des difficultés de Hassan avant de se contenter de lui conseiller de… prendre contact avec le consulat de France au Maroc. S’est-il agi surtout pour elle d’éteindre l’incendie potentiel que comporte toute expulsion de Marocain depuis l’Europe dans un pays qui compte des dizaines de milliers de familles concernées par l’immigration ?

L’histoire de Hassan est pourtant bien représentative de la violence de la France à l’encontre de migrants qui, compte tenu de leur parcours dans l’Hexagone et des droits fondamentaux théoriquement en vigueur, devraient de toute évidence n’éprouver aucune difficulté à bénéficier d’un titre de séjour.

Hassan est né en octobre 1987 à Oujda, grande ville marocaine de 500 000 habitants située à quelques kilomètres de la frontière algérienne. Y transitent, depuis plusieurs années, des milliers de Subsahariens qui cherchent à migrer en Europe en traversant la Méditerranée dans des conditions de plus en plus périlleuses. Des centaines de noyés n’arrivent jamais sur les côtes espagnoles. D’autres, plus nombreux,  parce qu’ils ont été interceptés par les polices marocaines ou espagnoles qui travaillent la main dans la main. L’Union européenne paie grassement le Maroc pour lutter à sa place contre l’immigration des Africains et, dans la foulée, des Marocains aussi.

C’est dans ce climat de guerre anti-migratoire que se situe l’expulsion de Hassan. Il a aujourd’hui 22 ans. Arrivé en France en juin 2003 à l’âge de 15 ans après le décès de sa grand mère qui l’avait en charge au Maroc depuis la séparation de ses parents, il n’a depuis lors aucune nouvelle ni de sa mère, ni des deux frère et sœur restés sous la responsabilité maternelle. Aucune attache donc au Maroc, si ce n’est un grand-père octogénaire, malade et très pauvre. En France, son père, immigré depuis  1974, est progressivement devenu invalide à 80% ; et son frère aîné est aussi en situation régulière.

Hassan erre aujourd’hui dans les rues pleines de jeunes chômeurs de sa ville natale d’Oujda, où ses compatriotes le considèrent comme un étranger. S’il n’avait eu la chance de croiser les militants locaux de l’ABCDS, il se serait sans doute déjà ajouté à la cohorte des clochards, nombreux à hanter les rues. A moins qu’il ne se soit résolu à des trafics douteux, nombreux dans cette ville-frontière, de façon à gagner l’argent nécessaire à une traversée clandestine de la Méditerranée peut-être pour y être englouti comme nombre de ses compatriotes et d’Africains de diverses autres nationalités. Il va de soi que la France ne saurait, dans ce cas, être tenue pour responsable ni de son éventuelle dérive du côté de la mafia ni de sa mort. Jusqu’à quand Hassan, comme beaucoup d’autres expulsés, échappera-t-il à l’un ou à l’autre sort s’il ne bénéficie pas d’un droit au retour ?

Hicham BARAKA, président

ABCDS Maroc

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