Un article sur les expulsés dans le Journal Hebdomadaire (Casablanca)

4 juin 2008

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Cet article de Amélie Amilhau a été publié dans le Journal Hebdomadaire du 5 au 11 avril 2008

Jihad Errais, expulsé au milieu de ses études

23 mars 2008

Jihad Errais est né le 25 juin 1988 au Maroc. Il a poursuivi des études à Tineghir (les deux premières années de collège).
En août  2003, il rejoint son tuteur en France qui l’inscrit au collège de Thiais où il effectue la 6ème pour non-francophones, la 5ème et la 4ème.
En septembre 2006, il intègre le lycée professionnel Armand Guillemin à Orly en 3ème découverte professionnelle. Il est délégué de sa classe et très apprécié de ses professeurs.
Son parcours scolaire sans faute est interrompu en mai 2007.

En effet, en 2006 il atteint ses 18 ans, fait ses démarches auprès de la préfecture pour l’obtention de sa carte de séjour. Plus d’un an après, il n’a toujours pas de réponse. Le voilà devenu sans-papiers. En pleine campagne électorale, alors que se multiplient les contrôles d’identité dans les rues de la région parisienne, Jihad panique et part pour l’Espagne.
Arrêté par la police espagnole le samedi 5 mai 2007, il est conduit au commissariat de Perpignan, interné au centre de rétention de Rivesaltes, présenté au juge le lundi qui lui signifie la décision de reconduite à la frontière. Le jeudi sa demande de recours est rejetée et il est conduit au centre de rétention de Montpellier. Il y reste jusqu’au jeudi suivant, jour de son expulsion vers le Maroc sur le bateau Sète-Tanger.
Arrivé à Tanger le samedi 19 mai 2007, il est accueilli par des membres de sa famille et du Réseau éducation sans frontière (RESF) Maroc.
L’avocat, engagé par les professeurs de Jihad depuis la demande de recours, suit la demande d’appel de la décision d’expulsion à Montpellier.

Entre temps, le conseil de classe de fin d’année l’oriente vers un BEP hôtellerie-restauration et il est inscrit au lycée professionnel de Sucy en Brie (Val de Marne) pour préparer un BEP hôtellerie-restauration à partir de la rentrée 2007.

Il est urgent que Jihad puisse obtenir un visa d’études afin d’occuper la place qui l’attend au lycée de Sucy en Brie.

Le cas de Samira Bobouch, expulsée parmi beaucoup d’autres

21 mars 2008

- Samira est née en 1984 au Maroc. Elle a passé son enfance dans la région de Taza auprès de sa mère alors que son père travaillait en France depuis 1973 en tant qu’ouvrier agricole. Ce dernier, souffrant de graves problèmes cardiaques, a dû arrêter de travailler et a continué de vivre à Velaux (Bouches-du-Rhône) pour suivre ses traitements médicaux, il touche une pension d’invalidité.
- En 2000, les parents se séparent et Samira ainsi que ses frères et sœur partent en France rejoindre leur père. Samira suit une année de mise à niveau en 3ème CIPPA au collège F. Léger de Berre, puis, de 2001 à 2003, une formation de BEP Bio-service au lycée professionnel de Saint-Chamas, toujours dans les Bouches du Rhône. Elle obtient ce BEP, puis entame une nouvelle formation en BEP métiers de la mode en 2004.
- Or, elle a atteint entre temps l’âge fatidique de 18 ans : elle doit donc demander une carte de séjour, un récipissé lui est délivré tous les 3 mois durant l’année 2003. Mais en 2004, on lui signifie l’obligation de quitter le territoire français. Samira devient donc une « sans papiers » alors qu’elle était encore scolarisée en BEP. Samira n’achève pas ce second BEP mais se met au service d’une association pour handicapés, l’ Association Prévention Autisme Recherche, au titre d’assistante de vie scolaire. Elle s’occupe d’enfants autistes et cherche à valider son stage pour avoir une qualification. Son travail est très apprécié au sein de cette association.
- Mais, le 19 novembre 2007, elle est arrêtée au cours d’un banal contrôle routier et est emmenée au centre de rétention de Marseille. Le 4 décembre 2007, elle est conduite à l’aéroport de Marignane. Un comité de soutien ainsi que la forte opposition manifestée par les passagers, permettent de repousser cette expulsion. Le lendemain même, le 5 décembre 2007, elle est cette fois conduite à Sète et obligée d’embarquer pour Tanger où elle arrive le 7 décembre.

Cela fait donc trois mois que Samira vit à Tanger dans les conditions les plus précaires. Les liens sont coupés avec sa mère, seule une de ses sœurs vit encore au Maroc mais n’a pas les moyens de l’aider alors que tout le reste de sa famille vit en France. Samira n’a aucune perspective de travail au Maroc alors que le maire de Velaux, la commune où elle habitait, soutenait son dossier de demande de séjour en France. Un médecin, l’association pour handicapés et d’autres encore étaient prêts à la recruter si elle avait eu son titre de séjour. Le Réseau Education Sans Frontière Marseille s’est également mobilisé pour elle et une série d’articles a été publiée dans la presse (cf. coupures de presse jointes) pour dénoncer une mesure qui ne tient aucun compte des services que Samira rendait en France. Les parents de l’adolescente autiste dont elle s’occupait se retrouvent en particulier désemparés car leur fille a développé des troubles aigus après le départ forcé de Samira.
Voilà comment la jeune Samira, parfaitement intégrée et utile en France, se retrouve au Maroc, sans plus d’attaches, sans travail et sans perspective d’avenir. A l’heure où le gouvernement français veut développer les services à la personne et où la pénurie de personnel s’occupant des handicapés est particulièrement criante, on ne peut qu’être atterré par le gâchis humain que représente une telle mesure administrative. S’il est prévu de faire venir de l’étranger des personnes pour occuper ce type d’emploi, pourquoi refouler celles qui, justement, s’acquittaient pleinement de cette tâche ?

Le ferry Sète-Tanger, un trajet habituel pour les expulsés.

7 mars 2008

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Communiqué de presse RESF-Maroc, Rabat, le 7 février 2008.

7 mars 2008

 

Le réseau RESF Maroc est, depuis le mois de septembre 2007, de plus en plus souvent sollicité pour venir en aide à de jeunes marocains expulsés de France, sans doute pour répondre aux objectifs statistiques fixés par l’Etat français, et ce quelque soit les situations humaines.

En effet, de jeunes hommes ou jeunes filles de 20 ans à peine sont renvoyés au Maroc avec quelques euros en poche, parfois sans aucun contact sur place. Arrivés au port de Tanger ou à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, ils doivent alors passer de nombreuses heures au commissariat puis au tribunal avant de rejoindre la rue. Les attaches familiales au Maroc sont ténues pour ces jeunes qui ont grandi en France et y ont souvent laissé leur famille (parents, frères, sœurs…).

 

 

Une jeune fille de 23 ans, dont le père vit depuis 35 ans en France, très bien insérée dans son village du Sud (soutien du maire), bénévole dans une association pour autistes et au parcours scolaire de qualité a ainsi été expulsée, laissant son projet professionnel, sa famille et ses amis ! Depuis, elle est prise en charge par des gens qu’elle ne connaissait pas.

 

Un jeune « enfant des rues », arrivé en France à l’âge de 13 ans, a été pris en charge et suivi par des éducateurs. A l’annonce de son arrêté d’expulsion, 5 ans plus tard , à 18 ans tout juste, il a tenté de mettre fin à ses jours 3 fois avant sa reconduite à la frontière. Depuis son arrivée à Tanger, sans famille et avec quelques euros, nous sommes sans nouvelles de lui.

Un jeune de 19 ans a été expulsé laissant son père très malade, pourra-t-il le revoir un jour ?

 

Un autre jeune adolescent se retrouve seul sans famille, ne sachant oùaller. Son père, sa mère, sa sœur vivent toujours à Sète…Nous sommes alarmés de constater un tel gâchis humain.

 

 

 

En effet, tous ces jeunes connaissaient une insertion en France dans leur famille et leur cadre de vie, le « creuset français » fonctionnait. Vivant en France depuis plusieurs années, le passage à la majorité devient pour eux un saut dans l’illégalité. Pour des motifs divers qui cachent en fait l’obligation devant laquelle se trouvent les préfets de «faire du chiffre», ils se voient refuser une carte de séjour et sont de ce fait arrêtés, mis en centres de rétention et expulsés. Livrés à eux-mêmes au Maroc, quel est leur avenir ?

 

Nous ne pouvons accepter de l’Etat français ces expulsions de jeunes qui n’ont commis d’autre délit que celui de grandir, au mépris de leur sécurité, de leur avenir et de leur équilibre matériel et affectif. Ces jeunes sont renvoyés, sans ressources et sans soutien familial au pays, tout en sachant qu’il n’existe au Maroc aucune forme d’accueil et d’orientation pour eux.

 

Nous voulons par ce communiqué dire notre refus de la banalisation et l’accélération de telles pratiques injustifiables et xénophobes. Nous voulons rappeler que derrière chaque dossier, il y a des jeunes filles et jeunes hommes qui voient leurs vies quotidiennes, scolaires, familiales, professionnelles anéanties, leurs projets d’avenir s’effondrer, leurs vies brisées, leur santé et leur sécurité physique même mises en danger. De telles politiques ne peuvent que développer des réactions d’incompréhension et de rejet, des replis identitaires préjudiciables au dialogue et aux échanges entre les cultures.

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